Crapounifon@bookwyrm.social a publié une critique de Toute ma via j'ai lutté par Sam Johnson
Lutte pour la vie, lutte pour une autre société
5 étoiles
Ce récit est une transcription d'entretiens enregistrés, l'autobiographie d'un ouvrier américain noir et militant. Né en 1939 en Alabama, Etat du sud, surnommé le Cœur de Dixie ou l'Etat du coton. il raconte la vie à cette époque, de ses parents, notamment sa mère qui n'avait pas sa langue, et au besoin ses poings, dans sa poche, vendeuse de moonshine. Le récit fourmille d'anecdotes parlantes qu'un ancien, a fortiori militant, peut avoir sur la société. Si l'esclavage est aboli, ce sont toujours les grandes familles blanches, anciens esclavagistes, qui possèdent toutes les terres. La vie est libre mais bien miséreuse. Les Italiens, sont au début presque autant méprisés, leurs enfants jouent avec les enfants noirs... qui les appellent Ritals, sans penser à mal. Nat King Cole faisait une tournée en Alabama en 1956. Le KKK envisage de l'enlever en plein concert. Cela tourne au fiasco, une femme blanche menaçait les …
Ce récit est une transcription d'entretiens enregistrés, l'autobiographie d'un ouvrier américain noir et militant. Né en 1939 en Alabama, Etat du sud, surnommé le Cœur de Dixie ou l'Etat du coton. il raconte la vie à cette époque, de ses parents, notamment sa mère qui n'avait pas sa langue, et au besoin ses poings, dans sa poche, vendeuse de moonshine. Le récit fourmille d'anecdotes parlantes qu'un ancien, a fortiori militant, peut avoir sur la société. Si l'esclavage est aboli, ce sont toujours les grandes familles blanches, anciens esclavagistes, qui possèdent toutes les terres. La vie est libre mais bien miséreuse. Les Italiens, sont au début presque autant méprisés, leurs enfants jouent avec les enfants noirs... qui les appellent Ritals, sans penser à mal. Nat King Cole faisait une tournée en Alabama en 1956. Le KKK envisage de l'enlever en plein concert. Cela tourne au fiasco, une femme blanche menaçait les assaillants avec son sac à main en cirant qu'il ne toucherait pas à Nat.
Mais la vie est violente, même pour quelqu'un ne cherchant pas, bagarres, entre police et règlements de comptes. La police gangrenée par le KKK préfère perdre son temps à empoisonner la vie des jeunes Noirs que faire le boulot qu'elle serait censée faire.
Sam Johson va en Californie pour travailler et rencontre la Nation of Islam, les Black Muslims dont Malcolm X fera parti avant d'en être exclu. Johnson l'explique bien :
Je me suis intéresé à eux [Black muslims] parce qu'ils parlaient de choses dont les autres ne parlaient pas. Dès mon arrivée à Detroit en 1967, j'ai eu envie d'en savoir plus sur le système, et où je me situais par rapport à tout ça. J'ai croisé d'autres militants des Black Muslims et je me suis mis à lire Muhammad speaks, le journal de l'organisation. J'ai fini par comprendre que les Musulmans ne voyaient qu'une partie du tableau. A l'époque, Malcolm X avait commencé à voir qu'il y avait un système au-delà de celui dont la Nation de l'Islam parlait, et j'ai commencé à le voir aussi.
Il fût témoin des émeutes de Detroit de 67, plus importantes selon lui que Watts. La violence de l'armée mitraillant inconsidérément. Suite à cela, les industries automobiles se sont quand même mises à recruter beaucoup de Noirs... en mettant des bureaux de recrutements dans les quartiers. Ce qui donne des épisodes du racisme prégant mais aussi de rire quand les monteurs d'autoradios mettent James Brown à fond et dansent sur la chaîne. La maîtrise, encore blanche, a peur, pour une fois. Mais il raconte aussi comment, après les émeutes, l'héroïne et la cocaïne se diffusent massivement sous un laxisme certain de la police. Il raconte les dégâts que cela fait, notamment sur les plus militants et sur lui avnt qu'il ne le devienne. Il donne un exemple très parlant de la limite des nationalistes noirs qui pensent qu'avoir des contremaîtres noirs résoudra les problèmes... des Noirs, plutôt que s'unir pour revendiquer sur les salaires ou contre la cadence. Nous aurons de nombreux exemples des crapules syndicales de l'UAW, le syndicat de la voiture, prête à matraquer les piquets dont le syndicat n'est pas à l'origine. Lors d'un procès pour sa réintégration, Chrysler, pas avare de cynisme, présente un accord qui avait massivement rejeté mais en rajoutant une clause pour le réintégrer...
Sam Johnson montre, avec beaucoup d'humanité et une sincérité sans fard, comment une voix, même minoritaire, dénotant tellement dans son comportement et son programme syndical et politique, peut avoir l'oreille de ses collègues et peser. Un tableau vivant de la classe ouvrière américaine des années 1960-2000 et qui nous montre le « grand tableau », comme il le dit, du système, par sa vie et celles des autres et par ses idées révolutionnaires.