Leito a publié une critique de Nostromo par Joseph Conrad
Nostromo
4 étoiles
Ça faisait un temps que je voulais lire du Joseph Conrad, or dans ma lancée sur la littérature colombienne, j'ai appris que non seulement il s'était probablement inspiré de la Colombie pour le Costaguana dans lequel a lieu l'intrigue de Nostromo, mais aussi que l'auteur colombien Juan Gabriel Vásquez avait repris le pays fictif et son héros pour un de ses romans que je comptais lire. Et comme je passe mon temps à insérer des livres ma liste de lecture, quitte à n'en jamais voir le bout…
Ce serait réducteur d'en faire un roman d'aventure, mais j'ai eu des réminiscences de R.L. Stevenson ou Alexandre Dumas à la lecture, certainement à cause des histoires d'hommes hantés par un trésor, des personnages hors-norme à l'égo gonflé par la question de l'honneur.
L'intrigue se passe dans un pays sud-américain imaginaire, dans la ville isolée de Sulaco où une mine …
Ça faisait un temps que je voulais lire du Joseph Conrad, or dans ma lancée sur la littérature colombienne, j'ai appris que non seulement il s'était probablement inspiré de la Colombie pour le Costaguana dans lequel a lieu l'intrigue de Nostromo, mais aussi que l'auteur colombien Juan Gabriel Vásquez avait repris le pays fictif et son héros pour un de ses romans que je comptais lire. Et comme je passe mon temps à insérer des livres ma liste de lecture, quitte à n'en jamais voir le bout…
Ce serait réducteur d'en faire un roman d'aventure, mais j'ai eu des réminiscences de R.L. Stevenson ou Alexandre Dumas à la lecture, certainement à cause des histoires d'hommes hantés par un trésor, des personnages hors-norme à l'égo gonflé par la question de l'honneur.
L'intrigue se passe dans un pays sud-américain imaginaire, dans la ville isolée de Sulaco où une mine d'argent est l'objet de toutes les convoitises et nœud stratégique d'un pays à la politique fragile où les coups d'états succèdent aux révolutions. Il y a une tendance chez Conrad à faire des habitants du Costaguana des incapables ignorants de la politique et qui ne pourraient rien faire sans l'apport financier et intellectuel des riches européens (vision un peu coloniale, donc). Mais à part ça, il y a une vraie vision d'une société (toute fictive qu'elle soit) centrée autour de l'industrie miraculeuse (et par là mortifère) et de ses mécanismes, ses réflexes et réactions face au changement et au chaos, ses hiérarchies, et comment les affects individuels viennent s'inscrire dans le cadre d'un chamboulement global. Et évidemment le plus fascinant d'entre eux : Nostromo, le Capataz des Cargadores, qui ne cherche et ne jure que par sa renommée, vanité armée de courage, qui finira tout de même par le perdre quand il comprendra qu'il a beau être une pièce maîtresse des puissants, il n'en reste qu'un pion. Ce n'est pas le seul malheureux à la fin du roman, puisque globalement tous voient leurs idéaux, leurs rêves se défaire, dans une vision très pessimiste de l'individualité face à la marche du monde.
La manière de Conrad de dérouler le récit a quelque chose de parfois perturbant, qui est qu'il bascule soudainement d'un récit rapporté au discours direct (à la première personne, quelqu'un raconte ce qu'il s'est passé) au discours indirect et omniscient, ou l'inverse, en plein milieu de chapitre. Comme si on basculait du témoignage documentaire à la reconstitution en costumes. C'est déroutant mais assez chouette en même temps.
Ça fait partie de ces romans qui vous laissent des images précises en tête, par leur grande capacité à faire vivre un lieu, ses décors, leur logique et leurs personnages… Je pense que je me souviendrais longtemps de la baie sans vent de Sulaco dominée par l'imposant Higueroa, d'une barque chargée de lingots dans une nuit noire, et de la presqu'île de la Grande Isabelle.
