Leito a publié une critique de El general en su laberinto par Gabriel García Márquez
El general en su laberinto
5 étoiles
Pour une édition en français, voir Le général dans son labyrinthe chez Grasset.
Ces derniers mois je m'étais lancé dans une exploration de la littérature colombienne en laissant de côté le plus connu de ses représentants, qui a tendance à être l'arbre qui cache la forêt tant ce pays regorge d'auteur.ice.s passionnants. Mais j'ai tout de même adouci mon dogme, parce que de toute manière c'est moi qui décide, et j'ai fini par retrouver Gabo (vieille connaissance de ma vie de lecteur) avec ce roman sur une des figures les plus emblématiques de toute l'Amérique du sud : Simon Bolivar.
Gabriel García Márquez raconte le dernier voyage du Libertador, de Santa Fe (actuelle Bogotá) à la côte caribéenne, le long du fleuve Magdalena. Le général (puisqu'à une exception près, il n'est jamais appelé autrement dans ce livre) est vieux, malade et fatigué, et semble traîner sa légende et …
Pour une édition en français, voir Le général dans son labyrinthe chez Grasset.
Ces derniers mois je m'étais lancé dans une exploration de la littérature colombienne en laissant de côté le plus connu de ses représentants, qui a tendance à être l'arbre qui cache la forêt tant ce pays regorge d'auteur.ice.s passionnants. Mais j'ai tout de même adouci mon dogme, parce que de toute manière c'est moi qui décide, et j'ai fini par retrouver Gabo (vieille connaissance de ma vie de lecteur) avec ce roman sur une des figures les plus emblématiques de toute l'Amérique du sud : Simon Bolivar.
Gabriel García Márquez raconte le dernier voyage du Libertador, de Santa Fe (actuelle Bogotá) à la côte caribéenne, le long du fleuve Magdalena. Le général (puisqu'à une exception près, il n'est jamais appelé autrement dans ce livre) est vieux, malade et fatigué, et semble traîner sa légende et ses exploits derrière lui. Un homme devenu si mythique de son vivant que tout ce qu'il touche ou fait semble consigné, rapporté, que jusqu'à ses chiens ou ses chevaux ont eu leur instant de célébrité, qu'on semble lui prêter un nombre infini de qualités : il danse ou nage mieux que quiconque, sa mémoire visuelle est exceptionnelle, il donne son argent sans compter, s'est sorti sans une égratignure de toutes les batailles et tentatives d'assassinat, etc, et qu'il est, cela va sans dire, l'objet d'innombrables rumeurs, notamment à propos de ses multiples liaisons amoureuses et de sa vie sentimentale qui aurait interféré jusque dans les batailles les plus importantes.
Ce roman, aussi admirateur soit-il du personnage, n'est pourtant pas une ode à sa gloire, mais bien un récit sur un homme épuisé par l'Histoire, qu'il a fait avancer comme peu d'autres mais qui continue son long cours sans lui. Son rêve de créer une grande nation indépendante comprenant Venezuela, Colombie, Panama, Bolivie, Pérou, Équateur s'étiole sous ses yeux au fil des luttes de pouvoir et des guerres civiles, et il continue son chemin sans réussir à accepter la vieillesse et la maladie qui le diminuent de jour en jour, ni le retournement de ceux qui l'acclamaient hier et voient en lui un tyran aujourd'hui, le reléguant à son hamac quand il voudrait continuer d'être un levier du pouvoir.
C'est un beau roman sur la vieillesse, un mélange de souvenirs biographiques et de moments où le général n'est plus que l'ombre de lui-même (il n'est même plus lui), mais d'une ombre dont la portée nous révèle toutefois la grandeur du personnage en même temps que son humanité et ses inévitables défauts, pour voir au-delà de la légende.